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FDSEA de la Haute-Marne
Maison de l'Agriculture
26, avenue du 109ème R.I.
52011 CHAUMONT CEDEX

Tel : 03.25.35.03.70
Fax : 03.25.35.03.74
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  17/3/2009
  Discours Sébastien RIOTTOT AG du 05/03/2009


RAPPORT D’ORIENTATION 2009 JA HAUTE MARNE

AG 2008 JEUDI 05 MARS LYCEE AGRICOLE CHOIGNES

Merci Bruno

       Comme tous les ans à pareille époque, ce ne sont pas les sujets d’actualité brûlants qui manquent. Je ne veux pas être trop long, car il faut laisser au débat qui va suivre la place qu’il mérite. Les échanges vont être, à n’en pas douter, très riches, et les questions nombreuses.

       Ce qui nous préoccupe tous ces derniers temps, c’est bien sûr la réforme dela PAC. Enfin, je dis réforme, c’est peut-être un abus de langage, car la vraie est prévue pour 2013.

Cependant, le bilan de santé 2010 prend des avis qui s’en rapprochent furieusement. Je ne vais pas rentrer dans le détail, vous connaissez tous maintenant les tenants et les aboutissants du fameux bilan de santé.

Michel BARNIER s’est doté d’une belle boîte à outils, qu’il est assez facile de confondre avec une boîte de pandore. A peine ouverte, et déjà pas mal de dégâts. Le premier, et non des moindres, c’est la pagaille causée depuis un an dans le monde agricole lui-même, suite aux nombreuses discussions et autres efforts de lobbying pour préserver son pré carré dans chaque production et, accessoirement, piquer quelques aides aux collègues.

Il ne faut pas se voiler la face, malgré l’image consensuelle donnée par nos instances nationales, personne n’est satisfait du résultat. La colère gronde dans de nombreux départements, et le notre en fait partie.

En effet, des millions d’euros vont déserter la Haute-Marne, via les prélèvements d’une bonne partie des aides nouvellement découplées, SCOP et PMTVA. Les céréales et la viande bovine sont deux secteurs majeurs en Haute-Marne, en plus du lait.

Prélever des aides sur des secteurs qui ont bien gagné leur vie en 2008, je ne parle pas de la viande, cela peut paraître équitable. Aider des secteurs comme l’élevage ovin, pas de problème, ils cumulent les mauvaises années depuis pas mal de temps. Mais d’une année à l’autre, tout peut s’inverser, c’est la dure loi du marché et du climat.

L’année 2009 se présente comme étant une année noire, avec des charges qui ne baissent pas vite et des prix qui s’effondrent. Amputer une partie de notre revenu, c’est exposer nos structures à des problèmes graves. Bien sûr, des retours sont prévus, comme une majoration des aides à l’installation, une très bonne nouvelle, la généralisation de l’assurance récolte, un plan protéine frileux ou encore une aide aux fourrages. Pour beaucoup d’entre elles, il s’agit d’un saupoudrage, de bonnes idées sans moyens alors que pour nous, les coupes dans la trésorerie vont être franches. Notre système d’exploitation important et sociétaire, spécialisé dans rien du tout (c’est le principe de la polyculture-élevage) est en danger. Sans une remontée rapide des prix, l’année 2009 et celles qui suivent vont être très longues.

N’oublions pas que tous les systèmes de régulation de marché ont sauté, il n’y a plus d’issue de secours.

Il faut aussi garder à l’esprit que 2013 est très proche, tout ce que je viens de dire n’est qu’une répétition générale. Il faudra bien se poser les bonnes questions, aussi fondamentales que celles, par exemple, qui consistent à se demander quel degré d’autonomie alimentaire nous voulons en Europe. Broyer du Paysan dans nos régions, c’est laisser la place aux importations de pays lointains et souvent beaucoup moins scrupuleux que nous sur les normes en tous genres. Voilà encore une belle incohérence, soit dite en passant. Le fossé se creuse entre ce que les gens se font comme idée de l’agriculture et ce qu’ils consomment tous les jours.

Produire toujours plus propre, toujours plus sain, toujours plus tracé, nous savons faire. La France, et l’Europe, sont très strictes sur ce domaine, et c’est tant mieux pour tout le monde.

Alors, à quand les mêmes exigences pour les produits importés ? Il s’agit de notre santé, et celles de nos enfants qui mangent à pas cher dans les cantines, grosses consommatrices de viandes et autres produits de provenances exotiques.

Manger une fois BIO dans la semaine pour la finir avec du bas de gamme, il y avait certainement une meilleure moyenne à trouver.

C’est peut-être aussi parce que le BIO est le seul signe de qualité reconnu par le grand public. Soit on est un bon paysan et on fait du BIO, soit on est un chasseur de primes et on pollue tous les jours un peu plus. C’est peut-être un peu réducteur, mais il y a là une part de vérité, j’en suis convaincu.

Je suis volontairement provoquant, mais c’est pour dire que les efforts qui ont été consentis dans l’agriculture raisonnée et autres chatres de bonnes pratiques, s’ils n’ont pas été vains, ont eu une portée relativement limitée. Quel client de grande surface saurait aujourd’hui définir ce que c’est ?

Pourtant, de la paperasse, on en fait. Tout est écrit, transmit, vérifié. Y a pas beaucoup plus méticuleux dans le monde, ni beaucoup plus varié en terme de goûts, de saveurs, de terroirs. Nous sommes très loin du système anglo-saxon où l’uniformisation est la règle.

Mais il faut toujours plus de normes et de qualifications, comme la HVE que veut nous imposer le ministère. L’idée n’est pas mal, tout le monde est d’accord. Regrouper tous les sigles de qualification, c’est très positif. Mais imposer des audits coûteux à tout le monde, c’est pas mal d’argent pour pas grand-chose car, au final, de très nombreuses exploitations remplissent déjà les critères.

Est-ce que le consommateur sera prêt à payer plus cher un produit estampillé HVE ? Je le souhaite, mais il reste du travail à faire.

On pourrait tout aussi bien apposer le sigle de Natura 2000 sur les produits issus de cette zone. Après tout, les contraintes sont significatives et les compensations financières dues tardent vraiment à venir.

Est-ce vraiment la solution pour espérer une valorisation intéressante ? Sans doute serait-ce un petit plus lors de périodes de fort excédent, mais dès que le marché devient un peu tendu, les acheteurs sont prêts à s’approvisionner n’importe où.

Tous les efforts consentis par les exploitants se retrouvent à néant, puisqu’ils se retrouvent sur un pied d’égalité avec les produits qui devraient être déclassés. Je ne cesse de rappeler, nous produisons avant tout pour le consommateur final, celui ou celle qui fait ses courses et qui doit se nourrir tous les jours. Or, la multiplication des sigles et des normes n’est souvent qu’une source de confusion. Par contre, ce même consommateur sait la plupart du temps qu’il paie trop cher et là, le discours est en train de changer, notamment dans les médias.

Les producteurs ont été montrés du doigt l’année dernière du fait de la hausse des cours des matières premières, mais aujourd’hui, avec des prix redescendus à un niveau plancher pour les agriculteurs, ceux affichés dans les rayonnages demeurent désespérément stables. C’est l’effet cliquet, il doit y avoir un cran de sûreté qui les empêche de descendre, mais pas de monter.

De récentes études ne sont pas tendres avec les GMS, et les enseignes qui exagèrent plus que les autres sont citées dans les journaux. Nous le savions déjà, c’est vrai, mais il est temps que cet état de fait se vulgarise pour le grand public.

Nous avons la chance aujourd’hui d’avoir avec nous un représentant plus qu’avisé de ces grandes surfaces. C’est assez rare pour être souligné, et je le remercie encore une fois d’être présent. J’ajoute qu’en ces temps de relation un peu trouble en termes de prix et de négociation, c’est une place pas évidente. J’espère donc que nous pourrons continuer le débat tout à l’heure.

Rassurez-vous, vous n’êtes pas les seuls avec qui nous avons parfois du mal à nous entendre. Ces derniers temps, les vétérinaires ont focalisé pas mal l’attention des éleveurs. Honnêtement, les limites ont été dépassées. Bien sûr, ils ont eut l’aval de la préfecture pour pratiquer des tarifs déraisonnables, puisque tout le monde a refusé le tarif horaire que nous demandions. Mais travailler à plus de 300 € de l’heure, y a comme de l’abus. Dommage que les cabinets ne soient pas cotés en bourse, ils auraient l’exception qui confirme la règle avec une hausse des cours vertigineuse. D’autant que cette maladie va laisser des séquelles dans les exploitations, avec une baisse de la rentabilité et de productivité des troupeaux, parfois une forte mortalité, surtout chez les ovins, et des conséquences à long terme, comme la baisse de la fertilité.

Un peu de compréhension et de solidarité avec les éleveurs aurait été la bienvenue de la part des vétos, plutôt que de passer pour des profiteurs.

Je pourrais orienter mes griefs également vers certains estimateurs de dégâts de gibiers. Là aussi, le mur n’est pas loin. Les propos de M. GIRARD dans le JHM sont assez désobligeants, que se soit envers ses collègues ou, plus grave, envers le monde agricole. Je l’ai déjà dit publiquement, qu’il s’en aille, personne ne le regrettera. Au-delà de ça, il serait temps que les relations entre le monde de la chasse et les agriculteurs s’améliorent. Il y a beaucoup de forêts en Haute-Marne, plus d’1/3 du territoire, c’est normal qu’une activité comme la chasse y soit prospère. Mais, en bordure de ces forêts, il y a nos champs et nos pâtures. Il faut concilier ces deux activités et, si certains agriculteurs ont une fâcheuse tendance à l’exagération lorsque leur travail est saccagé, il faut aussi arrêter l’expansion de l’espèce porcine à poils noirs. Stop à l’agrainage, aux contrôles de tirs et organisons des battues dans les grands domaines qui ne sont pas chassés. Les dégâts coûtent chers à tout le monde, y compris aux chasseurs sans grands revenus qui ont de plus en plus de mal à s’adonner à leur activité préférée. C’est un loisir populaire, qui ne doit pas devenir l’apanage des grosses fortunes.

Pourtant, toutes ces inquiétudes ne suffisent pas à mettre en berne le moral des jeunes, qui continuent à s’installer en nombre. Vous savez tous que le parcours à l’installation a évolué, pour être désormais plus proche de l’attente de chacun.

En ce moment, nous attendons la décision du comité départemental à l’installation pour savoir quel organisme sera chargé de quelle mission. Je ne doute pas que le point info pourra continuer sa mission d’accueil et d’orientation du futur installé. La forme qu’il a pris l’année dernière, avec une indépendante de conseil, semble donner toute satisfaction par le service rendu. Si le parcours change, c’est toujours pour installer des jeunes suffisamment formés. Le plan de professionnalisation constitue le changement le plus profond, puisqu’il remplace en quelque sorte le stage 6 mois et le stage 50 h, tant décriés ces derniers temps.

Désormais, le jeune recevra une formation en parfaite adéquation avec ses besoins, sur une période plus ou moins longue en fonction de son expérience. Il s’agit bien d’un parcours à la carte. Le seul socle commun à tous les candidats sera le stage 21 heures, sur 3 jours, qui permettra de faire l’état des lieux du contexte dans lequel le jeune s’installe.

Un fois de plus, Jeunes Agriculteurs a été moteur dans un domaine qui est tout de même une composante majeure de son action. Mais rassurez vous, les projets ne manquent pas. Je cite la création prochaine d’un pôle emploi, regroupant les JA, le service de remplacement, la FDSEA et la Chambre d’Agriculture.

Il s’agit d’une mise en commun des moyens humains, en apportant chacun son expertise dans son domaine, pour proposer aussi bien du remplacement, comme le fait le SDR actuellement, que du complément de main d’œuvre à moindre  coût lors de pic d’activités. C’est un service qui fait l’objet d’une demande croissante et qu’il nous parait important de proposer dans les meilleures conditions. Cette structure est en cours de création, sans qu’il soit envisagé d’augmenter le nombre de collaborateurs. Il faut juste trouver une organisation rationnelle entre tous les intervenants. Nous vous tiendrons bien sûr informés dès que la réflexion sera plus avancée. Le but est de proposer quelque chose de fonctionnelle pour le printemps et ainsi répondre à la demande toujours importante pour les travaux d’été.

Il faut aussi noter que ces services seront bien sûr ouverts à tous, avec des modalités qui restent à définir. Notre souhait, vous le savez, est d’étendre ce type de coopération à d’autres secteurs, tel que l’élevage.

Ce n’est pas nouveau, les JA de Haute-Marne militent depuis longtemps pour que tous les services d’élevage de la maison de l’agriculture se rapprochent en un pôle, de façon à proposer un guichet unique pour les éleveurs et ainsi faciliter grandement toutes les démarches quelles qu’elles soient.

Il nous semble que tous ces services sont complémentaires, et doivent le rester. Nous avons fait de gros efforts de restructuration dans nos exploitations, il nous parait logique que nos OPA suivent la même philosophie. Nous ne voulons rien imposer, mais la réflexion doit faire son chemin.

Je ne vais pas faire le détail de tous les projets, mais vous savez tous que ça cogite sévèrement.

Un petit mot tout de même sur la communication, parfois parent pauvre pour cause de tête dans le guidon, surtout vis-à-vis du grand public. Nous devons mieux nous faire connaître, c’est pour cela que nous multiplions les visites d’écoliers dans nos fermes par exemple. Un concours photo, des échanges interdépartementaux et une présence accrue sur internet sont quelques pistes. D’ailleurs nous avons mis en place une page FACEBOOK, afin de recruter chez les 16-20 ans.

Mais le projet le plus important, c’est la préparation de l’après 2013, date butoir qui a le don d’effrayer tous les agriculteurs.

A quelle sauce allons-nous être mangés par la technocratie européenne ? C’est une question récurrente et qui met à jour une grande inquiétude.

Quel sera le contexte des prix et l’état des marges dans quelques années ? Nous n’avons qu’un seul souhait, vivre de nos produits et pas de subventions.

Il y a beaucoup d’inconnues, mais s’il y a une certitude, c’est que personne n’y arrivera tout seul. Pour l’instant, nos dirigeants, à Bruxelles ou à Paris, veulent une agriculture plus libérale. On assiste tous les jours au démantèlement des outils de régulation, au mépris de conséquences la plupart du temps.

Se structurer au sein des filières fortes est une nécessité. Nous l’avons bien vu lors des manifestations sur le prix du lait, notre voix est de moins en moins audible. Pourtant, là aussi le problème est de taille, avec des prix dérisoires annoncés pour très bientôt.

Et que penser de la pérennité des outils de production, lorsque l’on voit ce qui se passe à Peigney par exemple. Les dirigeants d’Entremont se veulent rassurant pour le moment, mais que va-t-il se passer sur le long terme ?

D’autant que l’on part d’une zone plutôt d’Emmental vers une production de poudre de lait. Ce n’est pas forcement une bonne nouvelle, la valeur ajoutée s’en va.

Une partie de la solution, la voilà. Il faut maîtriser les outils de transformation, l’aval, l’amont, là où se fait la valeur ajoutée. Il faut développer la recherche de nouveaux débouchés, monter des usines, les faire tourner. Tout cela demande des capitaux, mais aussi de la volonté. Chacun doit trouver sa place.

Nous voulons créer des Organisations Communes de Marché, mais je laisse le soin à Jérôme BOBILLET, administrateur JA national de vous l’expliquer.

Je pense qu’il est temps maintenant de laisser la place au débat, où tous ces sujets pourront être développés.

Je vous remercie.


Auteur : sr

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