RAPPORT
D’ORIENTATION 2009 JA HAUTE MARNE
AG 2008
JEUDI 05 MARS LYCEE AGRICOLE CHOIGNES
Merci
Bruno
Comme tous
les ans à pareille époque, ce ne sont pas les sujets d’actualité brûlants qui
manquent. Je ne veux pas être trop long, car il faut laisser au débat qui va
suivre la place qu’il mérite. Les échanges vont être, à n’en pas douter, très
riches, et les questions nombreuses.
Ce qui nous
préoccupe tous ces derniers temps, c’est bien sûr la réforme dela
PAC. Enfin, je dis
réforme, c’est peut-être un abus de langage, car la vraie est prévue pour 2013.
Cependant, le bilan de santé 2010 prend des avis qui s’en rapprochent
furieusement. Je ne vais pas rentrer dans le détail, vous connaissez tous
maintenant les tenants et les aboutissants du fameux bilan de santé.
Michel
BARNIER s’est doté d’une belle boîte à outils, qu’il est assez facile de
confondre avec une boîte de pandore. A peine ouverte, et déjà pas mal de dégâts.
Le premier, et non des moindres, c’est la pagaille causée depuis un an dans le
monde agricole lui-même, suite aux nombreuses discussions et autres efforts de
lobbying pour préserver son pré carré dans chaque production et, accessoirement,
piquer quelques aides aux collègues.
Il ne
faut pas se voiler la face, malgré l’image consensuelle donnée par nos instances
nationales, personne n’est satisfait du résultat. La colère gronde dans de
nombreux départements, et le notre en fait partie.
En
effet, des millions d’euros vont déserter la Haute-Marne, via les prélèvements
d’une bonne partie des aides nouvellement découplées, SCOP et PMTVA. Les
céréales et la viande bovine sont deux secteurs majeurs en Haute-Marne, en plus
du lait.
Prélever des aides sur des secteurs qui ont bien gagné leur vie en 2008,
je ne parle pas de la viande, cela peut paraître équitable. Aider des secteurs
comme l’élevage ovin, pas de problème, ils cumulent les mauvaises années depuis
pas mal de temps. Mais d’une année à l’autre, tout peut s’inverser, c’est la
dure loi du marché et du climat.
L’année
2009 se présente comme étant une année noire, avec des charges qui ne baissent
pas vite et des prix qui s’effondrent. Amputer une partie de notre revenu, c’est
exposer nos structures à des problèmes graves. Bien sûr, des retours sont
prévus, comme une majoration des aides à l’installation, une très bonne
nouvelle, la généralisation de l’assurance récolte, un plan protéine frileux ou
encore une aide aux fourrages. Pour beaucoup d’entre elles, il s’agit d’un
saupoudrage, de bonnes idées sans moyens alors que pour nous, les coupes dans la
trésorerie vont être franches. Notre système d’exploitation important et
sociétaire, spécialisé dans rien du tout (c’est le principe de la
polyculture-élevage) est en danger. Sans une remontée rapide des prix, l’année
2009 et celles qui suivent vont être très longues.
N’oublions pas que tous les systèmes de régulation de marché ont sauté,
il n’y a plus d’issue de secours.
Il faut
aussi garder à l’esprit que 2013 est très proche, tout ce que je viens de dire
n’est qu’une répétition générale. Il faudra bien se poser les bonnes questions,
aussi fondamentales que celles, par exemple, qui consistent à se demander quel
degré d’autonomie alimentaire nous voulons en Europe. Broyer du Paysan dans nos
régions, c’est laisser la place aux importations de pays lointains et souvent
beaucoup moins scrupuleux que nous sur les normes en tous genres. Voilà encore
une belle incohérence, soit dite en passant. Le fossé se creuse entre ce que les
gens se font comme idée de l’agriculture et ce qu’ils consomment tous les
jours.
Produire toujours plus propre, toujours plus sain, toujours plus tracé,
nous savons faire. La
France, et l’Europe, sont très strictes sur ce domaine, et
c’est tant mieux pour tout le monde.
Alors,
à quand les mêmes exigences pour les produits importés ? Il s’agit de notre
santé, et celles de nos enfants qui mangent à pas cher dans les cantines,
grosses consommatrices de viandes et autres produits de provenances exotiques.
Manger
une fois BIO dans la semaine pour la finir avec du bas de gamme, il y avait
certainement une meilleure moyenne à trouver.
C’est
peut-être aussi parce que le BIO est le seul signe de qualité reconnu par le
grand public. Soit on est un bon paysan et on fait du BIO, soit on est un
chasseur de primes et on pollue tous les jours un peu plus. C’est peut-être un
peu réducteur, mais il y a là une part de vérité, j’en suis convaincu.
Je suis
volontairement provoquant, mais c’est pour dire que les efforts qui ont été
consentis dans l’agriculture raisonnée et autres chatres de bonnes pratiques,
s’ils n’ont pas été vains, ont eu une portée relativement limitée. Quel client
de grande surface saurait aujourd’hui définir ce que
c’est ?
Pourtant, de la paperasse, on en fait. Tout est écrit, transmit, vérifié.
Y a pas beaucoup plus méticuleux dans le monde, ni beaucoup plus varié en terme
de goûts, de saveurs, de terroirs. Nous sommes très loin du système anglo-saxon
où l’uniformisation est la règle.
Mais il
faut toujours plus de normes et de qualifications, comme la HVE que veut nous imposer le
ministère. L’idée n’est pas mal, tout le monde est d’accord. Regrouper tous les
sigles de qualification, c’est très positif. Mais imposer des audits coûteux à
tout le monde, c’est pas mal d’argent pour pas grand-chose car, au final, de
très nombreuses exploitations remplissent déjà les
critères.
Est-ce
que le consommateur sera prêt à payer plus cher un produit estampillé HVE ?
Je le souhaite, mais il reste du travail à faire.
On
pourrait tout aussi bien apposer le sigle de Natura 2000 sur les produits issus
de cette zone. Après tout, les contraintes sont significatives et les
compensations financières dues tardent vraiment à
venir.
Est-ce
vraiment la solution pour espérer une valorisation intéressante ? Sans
doute serait-ce un petit plus lors de périodes de fort excédent, mais dès que le
marché devient un peu tendu, les acheteurs sont prêts à s’approvisionner
n’importe où.
Tous
les efforts consentis par les exploitants se retrouvent à néant, puisqu’ils se
retrouvent sur un pied d’égalité avec les produits qui devraient être déclassés.
Je ne cesse de rappeler, nous produisons avant tout pour le consommateur final,
celui ou celle qui fait ses courses et qui doit se nourrir tous les jours. Or,
la multiplication des sigles et des normes n’est souvent qu’une source de
confusion. Par contre, ce même consommateur sait la plupart du temps qu’il paie
trop cher et là, le discours est en train de changer, notamment dans les
médias.
Les
producteurs ont été montrés du doigt l’année dernière du fait de la hausse des
cours des matières premières, mais aujourd’hui, avec des prix redescendus à un
niveau plancher pour les agriculteurs, ceux affichés dans les rayonnages
demeurent désespérément stables. C’est l’effet cliquet, il doit y avoir un cran
de sûreté qui les empêche de descendre, mais pas de
monter.
De
récentes études ne sont pas tendres avec les GMS, et les enseignes qui exagèrent
plus que les autres sont citées dans les journaux. Nous le savions déjà, c’est
vrai, mais il est temps que cet état de fait se vulgarise pour le grand
public.
Nous
avons la chance aujourd’hui d’avoir avec nous un représentant plus qu’avisé de
ces grandes surfaces. C’est assez rare pour être souligné, et je le remercie
encore une fois d’être présent. J’ajoute qu’en ces temps de relation un peu
trouble en termes de prix et de négociation, c’est une place pas évidente.
J’espère donc que nous pourrons continuer le débat tout à
l’heure.
Rassurez-vous, vous n’êtes pas les seuls avec qui nous avons parfois du
mal à nous entendre. Ces derniers temps, les vétérinaires ont focalisé pas mal
l’attention des éleveurs. Honnêtement, les limites ont été dépassées. Bien sûr,
ils ont eut l’aval de la préfecture pour pratiquer des tarifs déraisonnables,
puisque tout le monde a refusé le tarif horaire que nous demandions. Mais
travailler à plus de 300 € de l’heure, y a comme de l’abus. Dommage que les cabinets ne soient pas cotés en
bourse, ils auraient l’exception qui confirme la règle avec une hausse des cours
vertigineuse. D’autant que cette maladie va laisser des séquelles dans les
exploitations, avec une baisse de la rentabilité et de productivité des
troupeaux, parfois une forte mortalité, surtout chez les ovins, et des
conséquences à long terme, comme la baisse de la fertilité.
Un peu
de compréhension et de solidarité avec les éleveurs aurait été la bienvenue de
la part des vétos, plutôt que de passer pour des
profiteurs.
Je
pourrais orienter mes griefs également vers certains estimateurs de dégâts de
gibiers. Là aussi, le mur n’est pas loin. Les propos de M. GIRARD dans le JHM
sont assez désobligeants, que se soit envers ses collègues ou, plus grave,
envers le monde agricole. Je l’ai déjà dit publiquement, qu’il s’en aille,
personne ne le regrettera. Au-delà de ça, il serait temps que les relations
entre le monde de la chasse et les agriculteurs s’améliorent. Il y a beaucoup de
forêts en Haute-Marne, plus d’1/3 du territoire, c’est normal qu’une activité
comme la chasse y soit prospère. Mais, en bordure de ces forêts, il y a nos
champs et nos pâtures. Il faut concilier ces deux activités et, si certains
agriculteurs ont une fâcheuse tendance à l’exagération lorsque leur travail est
saccagé, il faut aussi arrêter l’expansion de l’espèce porcine à poils noirs.
Stop à l’agrainage, aux contrôles de tirs et organisons des battues dans les
grands domaines qui ne sont pas chassés. Les dégâts coûtent chers à tout le
monde, y compris aux chasseurs sans grands revenus qui ont de plus en plus de
mal à s’adonner à leur activité préférée. C’est un loisir populaire, qui ne doit
pas devenir l’apanage des grosses fortunes.
Pourtant, toutes ces inquiétudes ne suffisent pas à mettre en berne le
moral des jeunes, qui continuent à s’installer en nombre. Vous savez tous que le
parcours à l’installation a évolué, pour être désormais plus proche de l’attente
de chacun.
En ce
moment, nous attendons la décision du comité départemental à l’installation pour
savoir quel organisme sera chargé de quelle mission. Je ne doute pas que le
point info pourra continuer sa mission d’accueil et d’orientation du futur
installé. La forme qu’il a pris l’année dernière, avec une indépendante de
conseil, semble donner toute satisfaction par le service rendu. Si le parcours
change, c’est toujours pour installer des jeunes suffisamment formés. Le plan de
professionnalisation constitue le changement le plus profond, puisqu’il remplace
en quelque sorte le stage 6 mois et le stage 50 h, tant décriés ces derniers
temps.
Désormais, le jeune recevra une formation en parfaite adéquation avec ses
besoins, sur une période plus ou moins longue en fonction de son expérience. Il
s’agit bien d’un parcours à la carte. Le seul socle commun à tous
les candidats sera le stage 21 heures, sur 3 jours, qui permettra de faire
l’état des lieux du contexte dans lequel le jeune
s’installe.
Un fois
de plus, Jeunes Agriculteurs a été moteur dans un domaine qui est tout de même
une composante majeure de son action. Mais rassurez vous, les projets ne
manquent pas. Je cite la création prochaine d’un pôle emploi, regroupant les JA,
le service de remplacement, la FDSEA et la
Chambre d’Agriculture.
Il
s’agit d’une mise en commun des moyens humains, en apportant chacun son
expertise dans son domaine, pour proposer aussi bien du remplacement, comme le
fait le SDR actuellement, que du complément de main d’œuvre à moindre coût lors de pic d’activités. C’est un
service qui fait l’objet d’une demande croissante et qu’il nous parait important
de proposer dans les meilleures conditions. Cette structure est en cours de
création, sans qu’il soit envisagé d’augmenter le nombre de collaborateurs. Il
faut juste trouver une organisation rationnelle entre tous les intervenants.
Nous vous tiendrons bien sûr informés dès que la réflexion sera plus avancée. Le
but est de proposer quelque chose de fonctionnelle pour le printemps et ainsi
répondre à la demande toujours importante pour les travaux
d’été.
Il faut
aussi noter que ces services seront bien sûr ouverts à tous, avec des modalités
qui restent à définir. Notre souhait, vous le savez, est d’étendre ce type de
coopération à d’autres secteurs, tel que l’élevage.
Ce
n’est pas nouveau, les JA de Haute-Marne militent depuis longtemps pour que tous
les services d’élevage de la maison de l’agriculture se rapprochent en un pôle,
de façon à proposer un guichet unique pour les éleveurs et ainsi faciliter
grandement toutes les démarches quelles qu’elles
soient.
Il nous
semble que tous ces services sont complémentaires, et doivent le rester. Nous
avons fait de gros efforts de restructuration dans nos exploitations, il nous
parait logique que nos OPA suivent la même philosophie. Nous ne voulons rien
imposer, mais la réflexion doit faire son chemin.
Je ne
vais pas faire le détail de tous les projets, mais vous savez tous que ça cogite
sévèrement.
Un
petit mot tout de même sur la communication, parfois parent pauvre pour cause de
tête dans le guidon, surtout vis-à-vis du grand public. Nous devons mieux nous
faire connaître, c’est pour cela que nous multiplions les visites d’écoliers
dans nos fermes par exemple. Un concours photo, des échanges interdépartementaux
et une présence accrue sur internet sont quelques pistes. D’ailleurs nous avons
mis en place une page FACEBOOK, afin de recruter chez les 16-20
ans.
Mais le
projet le plus important, c’est la préparation de l’après 2013, date butoir qui
a le don d’effrayer tous les agriculteurs.
A
quelle sauce allons-nous être mangés par la technocratie européenne ? C’est
une question récurrente et qui met à jour une grande
inquiétude.
Quel
sera le contexte des prix et l’état des marges dans quelques années ? Nous
n’avons qu’un seul souhait, vivre de nos produits et pas de
subventions.
Il y a
beaucoup d’inconnues, mais s’il y a une certitude, c’est que personne n’y
arrivera tout seul. Pour l’instant, nos dirigeants, à Bruxelles ou à Paris,
veulent une agriculture plus libérale. On assiste tous les jours au
démantèlement des outils de régulation, au mépris de conséquences la plupart du
temps.
Se
structurer au sein des filières fortes est une nécessité. Nous l’avons bien vu
lors des manifestations sur le prix du lait, notre voix est de moins en moins
audible. Pourtant, là aussi le problème est de taille, avec des prix dérisoires
annoncés pour très bientôt.
Et que
penser de la pérennité des outils de production, lorsque l’on voit ce qui se
passe à Peigney par exemple. Les dirigeants d’Entremont se veulent rassurant
pour le moment, mais que va-t-il se passer sur le long
terme ?
D’autant que l’on part d’une zone plutôt d’Emmental vers une production
de poudre de lait. Ce n’est pas forcement une bonne nouvelle, la valeur ajoutée
s’en va.
Une
partie de la solution, la voilà. Il faut maîtriser les outils de transformation, l’aval,
l’amont, là où se fait la valeur ajoutée. Il faut développer la recherche de
nouveaux débouchés, monter des usines, les faire tourner. Tout cela demande des
capitaux, mais aussi de la
volonté. Chacun doit trouver
sa place.
Nous
voulons créer des Organisations Communes de Marché, mais je laisse le soin à
Jérôme BOBILLET, administrateur JA national de vous
l’expliquer.
Je
pense qu’il est temps maintenant de laisser la place au débat, où tous ces
sujets pourront être développés.
Je vous
remercie.